César et Téo Boutrelle,
à
Madame la maire de Chambéry
Objet : Questionnement face à l’attitude de Mr Hofbauer, notre élu de quartier et adjoint à la
sécurité
Madame,
Il nous tient à cœur de vous informer d’un fait survenu vendredi 19 mars au soir, alors que nous rejoignions mon frère et moi le domicile familial pour le week
end.
Il est environ 23h30, il n’y a plus de bus, et nous empruntons à pieds la rue du Bourg qui mène de Chamnord à Chambéry le Vieux, après une soirée entre
amis.
Un véhicule noir assez gros, roulant à très vive allure, s’arrête brusquement à notre niveau, la vitre conducteur s’abaisse et, avant que nous puissions
distinguer quoique ce soit, un homme braque une puissante lampe-torche sur nous et nous demande si nous avons croisé quelqu’un.
Il est tard, nous sommes seuls, et rapidement un sentiment d’insécurité nous envahit.
Nous répondons que non, nous n’avons vu personne, et tentons de briser le malaise en échangeant quelques mots afin de sonder à qui nous avons affaire.
Je nomme notre malaise sur le ton de la plaisanterie en avançant un « vous nous avez fait peur, nous avons cru qu’il s’agissait d’un.... » et avant de dire «
psychopathe », j’opte pour « la police », trouvant moins dangereux cette option. « En quelque sorte » répond la voix, et le véhicule redémarre sur « les chapeaux de roues ».
Interloqués, nous poursuivons notre chemin. A peine quelques instants s’écoulent et nous entendons deux véhicules s’approcher, l’un montant et l’autre
descendant. Il s’agit de la police. Nous sommes rassurés... mais rapidement désappointés car leurs gyrophares se déclenchent à quelques mètres de nous. Les policiers s’arrêtent et nous
interpellent pour un contrôle en règle : mains sur le capot, vider les poches....
Nous avons 20 ans, une allure qui peut se prêter à ce type d’interpellation : nous obtempérons sans problème.
Rapidement les policiers comprennent que nous n’avons rien à nous reprocher, la conversation s’engage et ils nous demandent si nous n’avons croisé personne.
Nous signalons aux policiers qu’il y a quelques minutes à peine une personne, dont l’attitude nous a quelque peu effrayés, nous a déjà posé la même question. Nous apprenons alors
qu’il s’agit de Mr Hofbauer, notre élu de quartier, dont la voiture se gare alors légèrement en contrebas, et qui rejoint l’équipe policière sans un regard vers nous.
Le contrôle s’achève, les policiers s’excusent et « l’homme à la lampe torche » ne nous adresse toujours pas le moindre mot.
L’incident s’arrête donc là, avec à l’esprit, l’idée que quelque chose de grave avait du se passer dans notre quartier vu les moyens mis en œuvre et la
célérité de « l’homme à la lampe torche ».
Nous décidons de profiter du rendez vous électoral du surlendemain pour éclaircir avec Mr Hofbauer cet épisode, lui faire part de notre déconvenue face à son
attitude.
Le dimanche, nous nous présentons au bureau de vote où effectivement notre élu de quartier est présent.
Forts de nos convictions quant au bon fonctionnement de la démocratie, du rôle de représentativité citoyenne que sont sensés tenir les élus et du constant
dialogue qui doit s’établir entre eux et leurs administrés afin de mener à bien cette tache, nous lui faisons part de la peur que « l’homme à la torche » nous avait fait, et de notre
ressenti quant à la manière dont s’est passée cette « rencontre nocturne ».
Le constat est désolant : aucune écoute, aucun échange. Il n’y avait pas foule au bureau de vote, il lui était donc possible de prendre le temps d’un échange
même rapide. Au lieu de cela, nous n’avons qu’à peine pu croiser son regard et récolté un latent mépris de sa part caché sous quelques vagues mots du type « ça fait 4 nuits que je
suis dehors....je cherchais des taggueurs... » ponctués de vagues « mais bien sûr mais bien sûr....» à répétition, soulignant l’arrogance et l’irrespect qu’il avait envers nous.
Nous quittons le bureau de vote encore plus abasourdis.
Certes, il ne s’agit que d’une banale interpellation au faciès, pratiques courantes que vivent de plus en plus les personnes dont les particularités
physionomiques sont répertoriées comme pouvant être les signes extérieurs d’une potentielle délinquance.
L’air du temps politique nous a malheureusement déjà bien habitué à ce type de procédure.
Mais, au-delà de cela, l’attitude de Mr Hofbauer, élu municipal socialiste, nous questionne profondément. Comment accorder foi aux hommes politiques en général
et à la Politique en particulier lorsque, même au niveau local, si peu d’attention et de respect est porté à ses propres administrés ?
Vous avez un rôle pédagogique immense à jouer, le contexte de désaveux qui encore aujourd’hui s’est manifesté à travers le fort taux d’abstention aux
Régionales devrait vous inciter à vous pencher sur l’origine des causes et remettre au questionnement vos pratiques quotidiennes.
L’attitude de Mr Hofbauer illustre parfaitement comment il n’en est rien, et combien les hommes politiques, une fois en place, se moquent éperdument d’une
large part de la population.
En l’occurrence nous sommes « des jeunes », donc facilement vécus comme peu influents sur les « choses de la cité », et de plus nous n’appartenons pas à la
classe des puissants qui peuvent faire tomber les privilèges !
Pour autant l’Ethique Politique devrait vous mener à nous respecter au même titre que les notables de la ville.
Nous avons été éduqués dans le respect et l’importance de la citoyenneté.
Depuis que nous sommes en age de voter, nous avons pris cette responsabilité en main
avec le plus grand sérieux, et c’est d’ailleurs pour cela que nous étions à Chambéry ce week-end là, étant absent de cette ville le reste de la
semaine.
Aujourd’hui, nous nous interrogeons réellement sur ce qui anime « en vrai » nos élus, au national comme au local, à quoi et avec quoi riment ces jolis
bulletins de vote sagement pliés dans leurs enveloppes....Sont ils encore l’outil permettant l’exercice d’une représentativité électorale active et honnête ou bien cette idée là de la
Démocratie n’appartient elle déjà plus à notre siècle, ayant juste cédé la place à la course au pouvoir et à l’arrogance politique ?
Citoyennement votre.
Copie : Mr Hofbauer, le Petit Démocrate
Bien évidemment le Petit Démocrate de Chambéry reste ouvert aux droits de réponse de Mme le Maire et de Mr Hofbauer.