Michel Butor à Chambéry

Publié le par CHAMBERY DEMOCRATE ET CITOYENNE


Photos prises avec aimable autorisation de Michel Butor “je ne risque rien “ dit-il en acceptant avec un regard malicieux


LES PIONS DU MONDE
Les dieux inférieurs chargés de la fabrication de notre planète ont dû jouer aux dés la figure de nos continents dans leurs cavernes de pirates stellaires. Chaque jet nouveau faisait changer l'ensemble. C'était parfois assez heureux; le plus souvent l'assemblée s'esclaffait. Certains cherchaient le plus habitable, d'autres le plus drôle, biscornu possible. Bientôt ils se sont organisés en deux camps, les uns pour, les autres contre les terriens futurs que nous sommes. Les océans montaient et descendaient selon que les calottes glaciaires fondaient ou se reconstituaient. Un peu plus de dérive par ci, une déchirure par là. Plissements et volcans, quelques météores bien ajustés. Trafiquant l'or des nébuleuses en trinquant le saké de l'espace, ivres-morts ils ont abandonné la partie nous laissant avec ces rivages.




Samedi 21 mars, jour du printemps arriva à Chambéry, un poète, un si jeune philosophe.

“Si je suis de l'autre siècle je suis curieux de celui-ci “

Organisé par l'(Oeil ) Chambéry, à L'université de Savoie, la présence de Michel Butor du haut de ses 83 ans, illumina la soirée, la ville.

La soirée fût introduite et guidée par Michel Ménaché, qui proposa un accompagnement à travers son oeuvre et une place importante au va et vient du dialogue avec l'homme sage.

La promenade à travers l'oeuvre de M.Butor, M.Ménaché souhaitait l'intituler Le minotaure, le singe, l'escargot, puis estimant que ce titre collait trop aux différents masques que le poète avait pu prendre à travers ces diverses et innombrables productions d'écrits (1.700 dont “livres normaux + 100“ ), il se décida t'intituler son intervention

Du labyrinthe au clavier caméra

le fil directeur de sa déambulation à travers l'univers poétique de Michel Butor passa par l'évocation de  7 figures majeures de son oeuvre:

-Le Polygraphe planétaire
-Le Collationneur (organiser en série, maîtriser)
-Le constructeur
-L'illustrateur
-Le poète du quotidien
-Le moi, ses masques, ses métamorphoses.

Il insistera sur une oeuvre qui résolument nous donne à voir, nous oblige à changer notre vue, une oeuvre innovante, arborescente et tentaculaire.

Répondant à M.Ménaché sur l'interrogation “je suis tous les autres “

Michel Butor livra une parole, précise, posée, et ferme où les respirations avaient une place importante.

“ C'est une utopie, un idéal, parler au nom de tous les autres et se reconnaître dans tous les autres.C'est un projet de réussir à dépasser le fossé entre moi et les autres. Pour l'instant je n'y suis pas arrivé. Pour comprendre un voisin il faut quelquefois faire le tour de la terre“

Puis tout en approuvant ce droit, il se pose la question de “quel droit a t-on d'éclaicir un écrivain ?“
Il nous révèle que sa maison où il vit en haute Savoie, s'appelle “à l'écart“ et que le recensement de ses écrits qu'il a entrepris de réaliser porte le nom de “catalogue de l'écart“ reconnaissant cette entreprise nécessaire car “ je suis un peu perdu dans mon oeuvre“.

“les nombres sont des mots parmi les autres, ce qu'en font les mathématiciens ne sont qu'un des aspects. Les chiffres nous invitent à déchiffrer la réalité.“

La présence, la voix, de Michel Butor, est irradiante, nous figeant dans l'instant, inracontable. Proche si on peux dire , de celle de Jean pierre Coffe mais sans emphase, elle prend un temps juste pour entrer dans la chair des mots, où les voyelles sont sonnées, la fin de la phrase est tojours appuyée. Sa respiration est autant de ponctuation qui ne ralentit nullement le débit, qui s'écoule sans heurt et nous capte, fasciné.



La lecture de ses poèmes par lui même fût un délice et un enchantement.


Mieux connaître l'oeuvre de Michel Butor:

Biographie 
Michel Butor met et son oeuvre et sa poésie en ligne 
Le dictionnaire Butor
Petit guide internet sur Michel Butor
Essai de Bibliographie
Le Fond Michel Butor à la bibliothèque Louis Nucéra de Nice

Ces oeuvres complètes sont actuellement éditées par La Différence


PS
Seul bémol ; mais que vient donc faire la poésie à l'université ? D'autres lieux auraient été plus judicieux et appropriés
Allez Mesdames et Messieurs de l'OEIL, encore un petit effort d'imagination.



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Rémi 31/03/2009 09:53

(Cela dit, Butor a écrit de jolis textes sur la campagne qui environne sa maison, dont certains sont très imaginatifs et inventifs ; il peut avoir une imagination vraiment originale, quoique pas vraiment ancrée dans la tradition locale ! Au reste, c'est peut-être grâce à cela qu'il est original, mais il a quand même l'air de s'imaginer qu'il comprend bien les traditions locales, et à mon avis, ce n'est pas le cas, précisément parce qu'il les scrute de bien trop haut. Enfin, je pense que l'université est un bon endroit, pour la poésie : elle est faite pour cela.)

Rémi 31/03/2009 09:48

Oui, Michel Butor parle bien, et sa voix a beaucoup de charme. Néanmoins, je note ceci : "C'est une utopie, un idéal, parler au nom de tous les autres et se reconnaître dans tous les autres.C'est un projet de réussir à dépasser le fossé entre moi et les autres. Pour l'instant je n'y suis pas arrivé. Pour comprendre un voisin il faut quelquefois faire le tour de la terre." Or, je suis quasiment son voisin, et j'en connais d'autres, et je peux confirmer : on ne peut pas dire qu'il soit arrivé à comprendre ses voisins ! De fait, il ne s'est installé en Haute-Savoie que parce que l'immobilier dans le canton de Genève est trop cher, et je pense qu'inconsciemment, il continue à voir la Haute-Savoie comme la banlieue de Genève. Cela choque quelque peu les vieux Savoyards du coin, je crois. L'année dernière, il a fait une intervention au salon du livre de Bonneville, et a lu un texte sur sa maison de Lucinges ; cela a été peu apprécié, parce qu'il était clair qu'il évoquait son petit monde à destination de ses lecteurs parisiens : il parlait de sa maison comme si chaque détail était étrange et exotique ; et le fait est que son texte a été publié chez Gallimard. Mais pour les auditeurs locaux, c'était incompréhensible de banalité. La prétention à l'universel est quelque chose de très localisé... à Paris. Evidemmment, on peut ensuite penser que les Savoyards n'ont pas compris parce qu'ils manquent d'accès intérieur à l'universel. Mais le lien entre sa maison et l'universel, dans son texte, ils l'ont bien vu. Ils ont plutôt dit que c'était une tarte à la crème : cela ne les a pas beaucoup touchés. Le point de vue consistant à évoquer les Voirons au travers du club d'alpinisme de Genève a pu jouer. S'il avait évoqué la Vierge noire et les légendes locales entourant cette divinité des Voirons, qui a tant fait parler d'elle au temps des Bernois, en accomplissant contre eux plusieurs miracles, cela aurait peut-être mieux passé. Pour comprendre son voisin, il ne suffit pas d'aller à l'autre bout du monde, et puis après s'imaginer qu'on le comprend : il faut aussi réellement s'intéresser à son voisin. Aller aux quatre coins du monde, cela peut également apparaître comme une fuite : une incapacité à approfondir les problèmes qu'on a sous les yeux, à étudier le réel directement accessible.